Inégalités de patrimoine et de santé et sécurité financière à la retraite

Publié le 22 septembre 2026

Faits saillants

Une recherche antérieure de l’Observatoire québécois des inégalités a mis en lumière les relations entre les inégalités de patrimoine et les inégalités sociales de santé au Québec, révélant une association positive entre la richesse accumulée et divers indicateurs de santé tels que l’espérance de vie et la perception de l’état de santé. Dans le contexte d’une population vieillissante et d’un système de retraite qui compte sur le patrimoine financier des individus pour que ceux-ci puissent compléter les revenus des régimes publics et subvenir à leurs besoins à l’âge de la retraite, l’Observatoire a exploré les inégalités et les interrelations entre patrimoine et santé au Québec afin de mieux comprendre leurs mécanismes et leurs effets et d’identifier des leviers et des pistes de solution pour réduire ces inégalités et leurs effets négatifs.

En plus d’une revue de la littérature scientifique et grise et d’une recherche documentaire pour contextualiser et appuyer la recherche et les données présentées, cette étude réalisée en 2025-2026 a fait l’objet d’une méthodologie mixte qui combine l’analyse de données statistiques de Statistique Canada et l’analyse de données qualitatives obtenues lors de 20 entretiens semi-dirigés auprès de personnes aînées au Québec (ici comprises comme les personnes de 65 ans et plus) et de plus d’une douzaine de personnes ressources œuvrant auprès des populations concernées et au sein d’organisations traitant des enjeux de la recherche.

Inégalités de patrimoine, de revenu et de santé à la retraite au Québec : quelques chiffres

  • Au niveau du patrimoine, en 2023, les 10 % les plus riches détenaient 42,9 % de la valeur nette, comparativement à 5,4 % pour les 40 % les plus pauvres. Autrement dit, chez les familles composées d’au moins une personne aînée qui est le principal soutien économique, les mieux nanties disposaient en moyenne d’un patrimoine 32 fois supérieur à celui des familles les moins favorisées.
  • L’état de santé mentale varie également en fonction du revenu : 5,3 % des personnes aînées faisant partie du premier quintile de revenu qualifient leur santé mentale de mauvaise ou passable, contre 1,4 % chez les personnes aînées appartenant au cinquième quintile.
  • Les personnes aînées à faible revenu sont également proportionnellement plus nombreuses à ressentir de la solitude. Le sentiment de solitude touche 40,2 % des personnes aînées du premier quintile de revenu, contre 24,1 % chez les personnes aînées du cinquième quintile.
  • Les personnes aînées les moins favorisées sont également plus nombreuses (17,4 %) à rencontrer des difficultés pour obtenir les soins d’un médecin spécialiste, contre 11,1 % chez les mieux nanties.
  • Seules des personnes du premier quintile de revenu déclarent ne pas avoir reçu de médicaments au cours des 12 mois précédant l’Enquête canadienne sur la santé des aînés, car elles n’en avaient pas les moyens financiers.
  • Même si la relation demeure complexe et que la richesse n’implique pas nécessairement une bonne santé, elle peut contribuer au bien-être et à une meilleure santé. Un patrimoine élevé, approximé par la combinaison du statut de propriétaire et d’un régime de pension privé comme principale source de revenus du ménage, est associé à un meilleur état de santé général, alors qu’un faible patrimoine est lié non seulement à un état de santé moins favorable, mais également à un risque plus élevé de besoins de santé non satisfaits, c’est-à-dire de soins jugés nécessaires mais non reçus.

Comment ces inégalités sont-elles vécues?

  • Le patrimoine et les revenus forment le socle de la sécurité financière à la retraite. En leur absence, ou lorsqu’ils sont faibles, ce sont les autres formes d’actifs individuels et collectifs qui viennent compenser ou compléter pour couvrir les besoins des individus, par exemple au moyen du capital social et de l’entraide provenant de leur réseau familial et social, des ressources communautaires et d’une plus grande dépendance aux soutiens de l’État et aux services publics.
  • Le patrimoine à la retraite est profondément ancré dans les parcours de vie, reflétant en quelque sorte le cumul des inégalités tout au long de la vie et des trajectoires de travail, avec des conséquences marquées au cours de la retraite. Un faible patrimoine à la retraite résulte fortement d’enjeux et de chocs liés au travail et à la santé des individus ou des personnes avec qui ils partagent leur vie, combinés à des facteurs structurels qui affectent leur capacité à préserver ou à (re)bâtir un patrimoine. Les interruptions de travail affectent aussi les régimes d’accumulation de rentes et donc les revenus disponibles à la retraite.
  • Les différents programmes publics de protection sociale jouent un rôle central dans les moyens de subsistance des personnes moins nanties et dans la réduction des inégalités, mais leur niveau et leurs conditions maintiennent de nombreuses personnes dans une situation de précarité financière. En demandant entre autres aux personnes de gruger leur patrimoine pour faire face aux chocs durant leur parcours de vie, tout en comptant explicitement sur le patrimoine pour compléter les besoins de revenus à l’âge de la retraite, ces programmes contribuent par leurs conditions à fragiliser la capacité à subvenir à ses besoins à la retraite. C’est entre autres le cas de l’aide financière de dernier recours, où des règles posent des obstacles à l’acquisition et à la rétention du patrimoine, pénalisant ainsi les personnes qui la reçoivent.
  • Le système de retraite repose très fortement sur le travail rémunéré réalisé au Québec durant l’ensemble de la vie active. Ce système affecte particulièrement les personnes qui ont des carrières interrompues, qui ont des responsabilités familiales de soins ou de proche aidance, ou encore qui n’ont pas travaillé au Québec ou au Canada pendant la totalité de leur vie active et professionnelle, des enjeux qui concernent entre autres les femmes, les personnes proches aidantes et les personnes immigrantes. Ces personnes peuvent se retrouver doublement pénalisées en raison de contributions limitées au Régime de rentes du Québec (RRQ) et au Régime enregistré d’épargne-retraite (REER), en plus des gains non réalisés lors de périodes prolongées d’interruption professionnelle. Cette situation peut toutefois être en partie compensée par le fait que jusqu’à 15 % des revenus de travail les plus faibles peuvent être exclus du calcul du RRQ, si cela présente un avantage. L’Observatoire de la retraite suggère d’ailleurs d’harmoniser cette proportion à 17 %, comme pour le Régime de pensions du Canada (RPC). Cette réflexion s’étend aux travailleurs et aux travailleuses autonomes, dans la mesure où certains vivent beaucoup de variabilité en matière de revenus et de stabilité des contrats durant leur vie professionnelle.
  • Même si le rôle de l’État réduit de façon importante les inégalités et assure un certain niveau de soins et de bien-être à tous, la hauteur du soutien financier pour les personnes moins nanties à la retraite, particulièrement celles qui dépendent fortement des transferts gouvernementaux et pour qui ces transferts constituent la principale source de revenus, maintient ces personnes dans un état de précarité financière. De plus, la couverture publique mais incomplète des soins de santé peut représenter des défis considérables pour celles-ci, qui se voient obligées de faire des arbitrages difficiles entre leurs différents besoins; par exemple, couper dans les nécessités de base (alimentation, transport, vêtements) ou repousser des soins de santé, ou encore y renoncer, particulièrement les soins dentaires. Ces arbitrages peuvent également mener à un plus grand isolement et nuire à l’accès aux services, avec des conséquences sur la santé et le bien-être à court et à long terme.

Comment améliorer les choses?

Parmi les leviers et les différentes pistes possibles, notons d’abord et avant tout qu’il importe d’agir en amont : 

  • Améliorer les mécanismes publics de protection sociale tout au long du parcours de vie et mieux tenir compte de l’impact des chocs et des événements marquants sur les trajectoires de travail et sur la retraite ainsi que mettre en place un cadre qui permette l’accumulation de patrimoine ou de droits de rente en prévision de la retraite pour les personnes qui reçoivent de l’aide financière de dernier recours;
  • Favoriser une plus grande couverture des régimes complémentaires de retraite, comme les régimes de pension privés offerts par les employeurs;
  • Offrir d’autres mécanismes d’épargne-retraite pour les personnes présentant des trajectoires d’emploi interrompues ou non linéaires au Québec, par exemple au moyen de la mise sur pied d’un gestionnaire public ou d’organismes sans but lucratif pour gérer les Régimes volontaires d’épargne retraite (RVER);
  • Simplifier un système de retraite complexe et fragmenté, difficile à appréhender même pour les spécialistes ainsi que s’assurer que les avantages fiscaux liés aux régimes de retraite bénéficient également aux personnes à faible patrimoine et à faible revenu.

Une fois à la retraite :

  • Renforcer la sécurité financière des personnes aînées vulnérables (à faible revenu et à faible patrimoine), par exemple en bonifiant les prestations ciblées comme le Supplément de revenu garanti (SRG);
  • Améliorer la couverture publique de façon ciblée pour les personnes aînées qui ont de faibles revenus et un faible patrimoine pour les soins de santé dont la couverture est partielle (soins dentaires, soins des yeux, appareils auditifs), préférablement au moyen d’une aide directe plutôt qu’au moyen de crédits d’impôt;
  • Améliorer l’accès aux logements à loyer modique, aux coopératives d’habitation pour personnes aînées et aux résidences pour personnes aînées vulnérables ou à faible revenu ainsi que soutenir le maintien à domicile en s’assurant que le loyer demeure abordable, par exemple en réduisant les temps d’attente pour les personnes aînées au Programme de supplément au loyer (PSL), qui permet de limiter les dépenses en logement à 25 % du revenu pour les personnes à faible revenu;
  • Procéder à une meilleure intégration des différents types de services offerts et nécessaires au maintien à domicile ainsi qu’en améliorer la disponibilité et les délais;
  • Renforcer l’accès à des ressources d’appui et de répit pour les personnes proches aidantes, incluant les personnes aînées qui se retrouvent de plus en plus dans cette situation auprès de leur conjoint ou de leur conjointe, de leurs enfants et même de leurs propres parents;
  • Développer une plateforme centralisée au Québec ou encore un guichet unique par région pour permettre aux personnes aînées de connaître rapidement et aisément les services disponibles et le soutien auquel elles ont droit, idéalement en offrant des services d’accompagnement pour les aider à naviguer dans ces espaces numériques.

 

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