Inégalités de patrimoine : Quand le portefeuille influence la santé des aînés

Publié le 22 septembre 2026

Montréal, le 22 septembre 2026 – Un faible patrimoine à l’âge de la retraite est associé à un risque accru d’être en mauvaise santé. C’est ce que révèle une nouvelle étude de l’Observatoire québécois des inégalités publiée aujourd’hui. 

Même si la santé dépend de nombreux facteurs, la  recherche,  basée sur une revue de littérature, des analyses de données de Statistique Canada et des entretiens avec des personnes aînées, montre qu’un patrimoine plus élevé, notamment le fait d’être propriétaire et de compter sur un régime de pension privé comme principale source de revenus, est associé à une meilleure santé. À l’inverse, un patrimoine plus faible est lié à une moins bonne santé et à un risque plus élevé de besoins de santé non comblés.

Publiée en pleine campagne électorale québécoise, l’étude apporte un éclairage sur plusieurs enjeux qui occupent actuellement le débat public, notamment la sécurité financière à la retraite, la protection sociale et l’accès aux soins de santé pour les personnes aînées.

« En plus des transferts gouvernementaux comme la pension de la Sécurité de la vieillesse et des rentes liées au travail comme le Régime de rentes du Québec (RRQ),  le revenu à la retraite dépend de ce que les gens ont pu accumuler au cours de leur vie. Nous avons voulu comprendre comment les écarts de richesse influencent la santé au Québec et identifier des solutions concrètes pour réduire les inégalités et leurs impacts », explique Christian Girard, chercheur à l’Observatoire et auteur de l’étude.

Le cumul des inégalités tout au long de la vie

Chez les familles composées d’au moins une personne aînée qui est le principal soutien économique, celles faisant partie des 10% les mieux nanties disposaient en moyenne d’un patrimoine 32 fois supérieur à celui des familles faisant partie des 40% les moins favorisées.

Un faible patrimoine à la retraite s’explique souvent par des périodes difficiles liées au travail ou à la santé, pour soi ou pour un proche,  qui limitent les revenus et la capacité d’épargner. Ces situations, combinées à des facteurs structurels, comme certaines règles des programmes de protection sociale,  rendent aussi plus difficile de préserver ou de rebâtir un patrimoine. De plus, les interruptions de travail réduisent l’accumulation de rentes et, par conséquent, les revenus à la retraite, une situation qui affecte particulièrement les femmes, les personnes proches aidantes et les personnes immigrantes.

Même si l’État contribue de façon importante à réduire les inégalités et à assurer un minimum de services et de soins, plusieurs personnes à la retraite qui dépendent surtout des aides gouvernementales restent en situation de précarité financière. La couverture publique mais incomplète des soins de santé les oblige à faire des choix difficiles : réduire des dépenses essentielles comme l’alimentation, le transport ou les vêtements, ou encore repousser, voire renoncer à certains soins, notamment dentaires. Ces compromis peuvent entraîner plus d’isolement, compliquer l’accès aux services et avoir des effets négatifs sur la santé et le bien-être, à court comme à long terme.

À environ une semaine de la Journée internationale des personnes âgées, le 1er octobre, ces constats mettent également en lumière les réalités vécues par les personnes aînées disposant de moins de ressources financières et les inégalités qui peuvent affecter leur santé et leur bien-être.

Des pistes de solutions pour réduire les inégalités, avant et après la retraite

L’étude met en évidence diverses pistes de solutions pour réduire les inégalités de patrimoine et de santé à l’âge de la retraite. Il est notamment important d’agir en amont, par exemple,  en améliorant les mécanismes publics de protection sociale tout au long du parcours de vie et les conditions des programmes d’aide qui contraignent l’accumulation de patrimoine ou de droits de rente, en favorisant une plus grande couverture des régimes complémentaires de retraite ou encore en simplifiant un système de retraite complexe et fragmenté, en s’assurant que les avantages fiscaux liés aux régimes de retraite bénéficient à toutes et à tous, pas seulement aux mieux nantis.

Il est aussi crucial d’intervenir pour améliorer la situation des personnes aînées vulnérables déjà à la retraite en bonifiant les prestations ciblées comme le Supplément de revenu garanti (SRG). De telles mesures pourraient renforcer la sécurité financière des personnes aînées vulnérables à faible revenu et à faible patrimoine. Il en va de même pour le soutien au logement, par exemple en améliorant les délais et l’accès au Programme de supplément de loyer (PSL) pour les personnes à faible revenu, une préoccupation manifeste chez les personnes interviewées dans le cadre de la recherche.

Au niveau de l’accès aux soins de santé, il serait pertinent d’améliorer la couverture publique pour les personnes aînées à faibles revenus et à faible patrimoine au niveau des soins de santé dont la couverture est partielle (soins dentaires, soins des yeux, appareils auditifs, divers professionnels de la santé), de préférence au moyen d’une aide directe plutôt qu’au moyen de crédits d’impôt. À cela s’ajoutent une meilleure intégration des différents types de services offerts et nécessaires au maintien à domicile et le renforcement de l’appui aux personnes proches aidantes. 

«  S’il apparaît important de mieux soutenir les personnes aînées moins nanties afin de couvrir leurs besoins de base à la retraite, l’étude met en lumière la nécessité d’agir aussi en amont, vu l’importance de l’épargne individuelle et d’autres formes de patrimoine dans le système de retraite. Pour les personnes qui traversent des situations difficiles qui affectent la capacité d’épargne et de travail, il est primordial d’améliorer la protection sociale. Quant aux travailleuses et aux travailleurs, il faudrait permettre au plus grand nombre d’avoir accès à un régime de pension privé offert par l’employeur ou encore permettre d’adhérer à des régimes de retraite du secteur public », conclut Nathalie Guay, directrice générale de l’Observatoire.

Témoignages tirés du rapport 

« J’ai réussi à tout payer, […] sauf que je me nourris pas. » – Femme, premier quintile de patrimoine et de revenu.

« Les dents là, j’ai oublié ça. Malgré le programme du Canada. Je peux même pas fournir la franchise. Je peux pas. [Long silence.] Puis, au point de vue cardiaque, mon cardiologue, il m’avait dit : “Prends soin de tes dents, c’est important.” » – Femme, premier quintile de patrimoine et de revenu.

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Consultez le rapport ici. 

Informations et demandes d’entrevue 

Manon Dubois Crôteau, Directrice des communications

m.dubois@observatoiredesinegalites.com, 514 583-8455

À propos de l’Observatoire québécois des inégalités 

L’Observatoire québécois des inégalités produit, mobilise et démocratise des connaissances sur différentes formes d’inégalités au Québec afin d’éclairer la prise de décision et sensibiliser un large public à l’état des inégalités, à leurs causes et conséquences ainsi qu’aux solutions possibles.

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