Thème: Éducation
Publié le 17 février 2026
L’évolution de la présence autochtone dans les universités au Canada et au Québec est marquée par une longue histoire de politiques coloniales et un mouvement croissant vers la reconnaissance et l’autodétermination des Premiers Peuples en matière d’éducation.
Le présent rapport répond à une demande du Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN) dans le cadre de son projet de création d’une université autochtone. Il propose une revue globale de littérature concernant les initiatives favorisant l’accès, la persévérance et la réussite des étudiantes et étudiants autochtones au sein des établissements d’enseignement supérieur au Québec et au Canada.
Méthodologie
L’étude s’appuie principalement sur une recherche documentaire, analysant une centaine de références provenant de publications scientifiques et de littérature grise. La sélection des textes a été réalisée en deux phases : une première recension systématique via l’assistant de recherche Elicit, suivie d’une expansion du corpus par la technique de boule de neige, en privilégiant les travaux pertinents, récents et axés sur le Québec. L’analyse a été guidée par l’hexamètre de Quintilien (QQOQCCP), une grille qui permet d’examiner les dimensions, les causes, les conséquences et les perspectives de solution à des situations-problèmes.
Bilan des connaissances
Depuis le milieu des années 1960, un constat préoccupant d’inégalités domine la littérature grise et scientifique relative à l’éducation des Autochtones au Canada et au Québec. En vertu de ce constat, l’institution universitaire continue de reproduire les inégalités sociales et les rapports sociaux défavorables aux Autochtones. Ainsi, malgré une présence accrue des Premiers Peuples dans les établissements d’enseignement supérieur, des écarts notables persistent et se creusent entre les étudiant·es autochtones et allochtones en matière d’accès, de persévérance et de diplomation universitaires.
La littérature abonde de travaux sur les déterminants de ces disparités, parmi lesquels l’héritage des politiques coloniales, incluant les traumatismes intergénérationnels, le racisme systémique, la précarité socioéconomique, les préjugés et micro-agressions sur les campus ; des difficultés structurelles associées à l’accès limité aux établissements, leur distance géographique par rapport aux communautés autochtones, le sentiment de déracinement éprouvé par les étudiant·es, les chocs culturels, les responsabilités parentales et le manque de services de garde ; sans oublier le faible financement des programmes de soutien aux étudiant·es autochtones. La rigidité institutionnelle, l’eurocentrisme des programmes, des barrières linguistiques, le manque de reconnaissance des savoirs autochtones et des pédagogies inadaptées, de même que le manque de compétences interculturelles du personnel enseignant et de soutien, constituent aussi des freins majeurs.
Défis et obstacles à l’accès, à la persévérance et à la réussite
Les universités canadiennes et québécoises ont mis en œuvre plusieurs initiatives dans le but de réduire les inégalités entre étudiant·es autochtones et allochtones. Certaines touchent à leur gouvernance (présence autochtone croissante dans les instances décisionnelles, intégration des enjeux autochtones dans les plans stratégiques, création de comités consultatifs autochtones, nomination de conseillers spéciaux). D’autres se rapportent à l’enseignement (adaptation des politiques d’admission, incluant des places réservées, reconnaissance de l’expérience professionnelle, autochtonisation des cursus, développement de programmes spécifiques aux besoins des communautés et adaptation des pratiques pédagogiques pour être plus interactives, holistiques et culturellement sécurisantes, l’implication des Aîné·es).
D’autres initiatives visent à améliorer l’expérience universitaire des étudiant·es autochtones (cérémonies d’accueil, services de soutien holistiques, avec des volets académique, psychosocial, financier, logistique, création d’espaces dédiés, organisation d’activités culturelles et sociales, valorisation de l’identité autochtone via la sécurisation culturelle des espaces physiques et des événements). D’autres, enfin, se rapportent à la recherche et création (adoption de protocoles éthiques respectant les principes autochtones (PCAP), soutien à la formation de chercheurs autochtones, création de chaires et de réseaux de recherche dédiés, et collaboration étroite avec les communautés). Toutes ces initiatives ont connu des succès variables, selon les établissements, leur niveau d’engagement et les ressources mobilisées.
Bilan et limites des initiatives universitaires
La volonté des universités du Québec et du Canada d’être plus inclusives est manifeste à travers leurs plans d’actions, leurs stratégies institutionnelles d’autochtonisation et les multiples initiatives mises en œuvre pour améliorer l’accès, la persévérance et la réussite des étudiant·es autochtones. Les spécialistes autochtones et allochtones sont d’avis que ces progrès vont dans la bonne direction. Mais aussi importants soient-ils, ils restent insuffisants pour mener à terme le projet de décolonisation des savoirs et d’autochtonisation des universités qu’un grand nombre d’acteurs et actrices autochtones et non autochtones appellent de leurs vœux.
Une transformation institutionnelle plus radicale, allant au-delà de l’intégration des Premiers Peuples, est nécessaire pour repenser l’université sur de nouvelles bases. Cela implique une remise en question de la culture institutionnelle dominante, une déconstruction suivie d’une reconstruction du monde académique tel que nous le connaissons, de ses structures et de ses pratiques. À cet égard, une proposition clé reste celle de la création d’une université « par, pour et avec les Premiers Peuples ». Cette proposition n’est pas simplement celle d’un projet éducatif ou de création d’une institution supplémentaire, mais la réponse à une réclamation historique, la réparation d’une injustice séculaire, l’invention d’un contre-espace qui promeut la justice sociale, l’autodétermination des Premiers Peuples et la revalorisation des savoirs et de l’identité autochtones.

Ce projet de recherche a été réalisé grâce à la contribution financière du Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN)




