Thème: Besoins essentiels
Publié le 4 juin 2026
Montréal, le 4 juin 2026 – Les trajectoires des personnes nouvellement en situation d’itinérance sont plurielles et marquées par une combinaison de facteurs systémiques, institutionnels, sociaux, structurels et d’épreuves individuelles. C’est l’un des constats d’une étude inédite dévoilée aujourd’hui par l’Observatoire québécois des inégalités.
Menée en collaboration avec les membres de la cellule de travail en itinérance de Laval, cette recherche vient combler un manque de connaissances sur l’expérience de l’itinérance récente (six mois ou moins) au Québec en général et dans le contexte lavallois en particulier. Une quarantaine de personnes ont été rencontrées à Laval, toutes nouvellement en situation d’itinérance, dont plus de la moitié depuis trois mois ou moins.
Le nombre de personnes en situation d’itinérance a fortement augmenté ces dernières années. À Laval, l’itinérance visible a d’ailleurs augmenté de plus de la moitié en moins de trois ans selon les résultats préliminaires de l’exercice de dénombrement de 2025. Pour beaucoup de personnes concernées, il s’agit d’une situation récente. En 2024-2025, près de la moitié des personnes qui ont fréquenté le Refuge de Laval pour la première fois vivaient en situation d’itinérance depuis six mois ou moins.
« Dans ce contexte, notre objectif était d’aller à la rencontre de personnes nouvellement en situation d’itinérance pour mieux connaître leurs profils, leurs trajectoires de basculement vers l’itinérance, leurs stratégies de survie, mais aussi leurs idées de solutions », explique Ariane Préfontaine, chercheuse à l’Observatoire québécois des inégalités et autrice de l’étude.
Les multiples facettes de l’itinérance
Parmi la quarantaine de personnes rencontrées, nous observons des profils variés. Cela rappelle que l’itinérance n’est pas un phénomène homogène et que les solutions doivent en tenir compte.
- Une forte présence de jeunes : Près de la moitié des personnes participantes avaient 24 ans ou moins (18 personnes).
- Des réalités de genre diversifiées : Les hommes étaient majoritaires (24 hommes), mais les femmes représentaient tout de même deux personnes sur cinq (16 femmes).
- Des profils pluriels : L’échantillon de personnes rencontrées comprend notamment 11 parents avec des enfants à charge, 10 personnes avec des parcours d’immigration et 11 personnes avec des animaux de compagnie.
- Une première expérience pour la majorité : La plupart des personnes rencontrées vivaient un premier épisode d’itinérance (27 personnes), tandis que d’autres en avaient déjà vécu deux ou plus (12 personnes).
L’humain au cœur de la recherche
L’Observatoire a mené une série d’ateliers réalisés auprès de personnes nouvellement en situation d’itinérance dans trois organismes communautaires lavallois. Cette démarche a la particularité d’être un projet de recherche action-participative, c’est à dire qu’elle a impliqué des personnes ayant une expérience vécue de l’itinérance dans le processus de recherche. Le projet a été mené avec une paire chercheuse, c’est-à-dire une personne ayant elle-même une expérience vécue de l’itinérance. Cette approche a permis de mettre à l’aise les participantes et participants, tout en favorisant l’émergence de la parole dans leurs témoignages. « Mon implication au sein du projet de recherche m’a permis de me servir de mon expérience de l’itinérance de manière positive. Mon vécu et mes apprentissages à travers l’itinérance ont fourni des savoirs complémentaires au cours du processus de recherche, du début à la fin », témoigne Karine Léveillé, paire chercheuse.
Alors que le dénombrement des personnes en situation d’itinérance réalisé ponctuellement par le ministère de de la Santé et des Services sociaux permet un aperçu davantage quantitatif de la situation, des études qualitatives et participatives comme celle-ci affinent le portrait en permettant de mieux comprendre les expériences vécues des personnes et les épreuves rencontrées au quotidien. « Sans données qualitatives et sans mettre de l’avant l’expertise des personnes directement concernées, on passe à côté de plusieurs nuances essentielles », souligne Ariane Préfontaine.
Un portrait pluriel, des solutions adaptées
En permettant une connaissance plus fine des trajectoires de basculement vers l’itinérance et des difficultés vécues par les personnes qui en font l’expérience, l’étude permet aussi de mieux cibler des solutions pour prévenir l’itinérance et améliorer les services aux personnes.
Du côté de la prévention, on évoque notamment le respect du droit au logement, la lutte contre les discriminations, l’accroissement du parc de logements sociaux et communautaires, ou encore un meilleur accompagnement lors des sorties d’institutions. En ce qui concerne les services disponibles, les priorités identifiées incluent la diversification des options d’hébergement, une meilleure diffusion de l’information sur les ressources lavalloises et le développement de la paire-aidance comme approche d’intervention, ainsi que la participation des personnes détenant une expérience vécue de l’itinérance au sein des prises de décisions qui les concernent.
« Ce portrait actualisé de l’itinérance à Laval permet notamment de comprendre comment la crise du logement amène plusieurs personnes dans la rue. Elle permet aussi de mettre de l’avant que des solutions concrètes existent, tant du point de vue de la prévention que de l’amélioration des conditions de vie », déclare Nathalie Guay, directrice générale de l’Observatoire québécois des inégalités. « Cette recherche nous permet d’avoir un portrait documenté de la situation à Laval et des besoins émergents. Les résultats nous donnent des orientations claires sur lesquelles travailler de manière concertée dans les prochaines années. », indique Caroline Nantel, coordonnatrice générale du Réseau des organismes en itinérance de Laval (ROIL) membre de la cellule de travail en itinérance.
-30-
Ce projet est réalisé grâce à la participation de la Fondation Lucie et André Chagnon et la Ville de Laval dans le cadre du protocole d’entente conclu avec la Fondation Lucie et André Chagnon pour la mise en œuvre du plan d’action de la Politique régionale de développement social (PRDS).
Informations et demandes d’entrevue :
Julia Haurio
Directrice des communications
j.haurio@observatoiredesinegalites.com
514-513-8617





