Inégalités de richesse au Canada : perspectives comparatives entre provinces

Publié le 22 juin 2026

Remerciements: Alex Hemingway pour les travaux antérieurs qui ont rendu cette analyse possible, et Jared A. Walker et Nathalie Guay pour la relecture. 

Faits saillants

La concentration extrême de la richesse suscite une attention grandissante au Canada comme ailleurs dans le monde. Malgré l’intérêt croissant pour les inégalités de patrimoine à l’échelle canadienne, la concentration de la richesse à l’échelle provinciale demeure encore peu étudiée. Dans cette analyse réalisée en collaboration avec Canadiens pour une fiscalité équitable (Canadians for Tax Fairness), nous estimons le nombre de familles disposant d’un patrimoine très élevé, soit les « ultra-riches », ainsi que la part de la richesse qu’elles détiennent dans les quatre plus grandes provinces et deux régions du pays.

Dans l’ensemble, nous constatons que la concentration de la richesse est très élevée partout au Canada, mais qu’elle présente des caractéristiques distinctes selon les provinces. L’Ontario compte le plus grand nombre de familles milliardaires, et son groupe du 0,01 % le plus riche affiche la richesse moyenne la plus élevée au pays. Toutefois, c’est en Alberta que le 0,01 % des familles les plus riches concentre la plus grande part de la richesse, tandis que c’est au Québec que cette concentration est la plus élevée parmi le groupe du 0,1 % supérieur.

Nous constatons également que la part de la richesse détenue par les familles les plus riches a augmenté entre 1999 à 2023 dans toutes les régions canadiennes, sauf en Colombie-Britannique. Voici quelques-uns des principaux constats :

  • On estime à 86 le nombre de familles milliardaires au Canada, dont la plus forte concentration se trouve en Ontario, avec 38 familles. Le Québec suit, avec 27 familles.
  • Alors qu’environ 3 380 familles canadiennes détiennent chacune un patrimoine d’au moins 100 millions de dollars — dont 1 570 en Ontario —, 4,4 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté au Canada, dont près de 700 000 au Québec.
  • Le 0,01 % des familles les plus riches possède une richesse moyenne de 546 millions de dollars en Ontario, 501 millions $ en Colombie-Britannique, 408 millions $ au Québec et 393 millions $ en Alberta. À l’inverse, la moitié la moins riche des familles (groupe du 50 % le moins nantis) ne possède en moyenne que 137 000 $ en Ontario, 185 000 $ en Colombie-Britannique, 89 000 $ au Québec et 81 000 $ en Alberta.
  • Le groupe du 1 % des familles les plus riches détient la plus grande part de la richesse en Alberta, où il concentre 25 % du patrimoine familial total, suivi du Québec avec 24,6 %. Le 1 % le plus riche détient 22,3 % de la richesse en Ontario et 20 % en Colombie-Britannique.

Introduction

À travers le monde, le lien entre la concentration de la richesse et la concentration du pouvoir est de plus en plus reconnu. Les appels à imposer davantage les ultra-riches émergent de partout, de New York à la France, de l’État de Washington au Mexique, et ici même au Canada, du Québec à la Colombie-Britannique.

Cette préoccupation découle des effets de la concentration de la richesse sur la répartition du pouvoir économique et politique. En effet, la richesse n’achète pas seulement une aisance financière : elle confère aussi un certain contrôle sur le marché de l’emploi et les investissements, ainsi qu’une plus grande influence auprès des décideurs et sur les politiques publiques[1].

Malheureusement, le Canada manque de données de qualité sur la répartition des richesses au pays. Les données officielles de Statistique Canada ne permettent de suivre que l’évolution de la richesse par décile (population divisée en 10 groupes de taille égale), ce qui masque la richesse extrême détenue par les familles se trouvant au sommet de la distribution. En s’appuyant sur les travaux du Bureau du directeur parlementaire du budget (DPB)[2], une analyse récente de Canadiens pour une fiscalité équitable a montré que le 1 % des familles canadiennes les plus riches détenaient ensemble 3,7 billions de dollars — soit près du quart de toute la richesse au Canada en 2023 — ce qui représente 3 billions de plus qu’en 1999[3].

1 billion de dollars correspond à 1 000 milliards, ou 1 000 000 millions de dollars.

La présente analyse approfondit cette étude en comparant les inégalités de richesse à l’échelle provinciale. Dans quelles provinces la richesse est-elle la plus concentrée? Où résident les milliardaires canadiens? Comment les inégalités de richesse ont-elles évolué dans chaque province depuis 1999? Nous analysons la répartition du patrimoine dans les quatre provinces les plus peuplées (Ontario, Québec, Alberta et Colombie-Britannique), ainsi que dans la région de l’Atlantique et celle des Prairies (qui regroupe le Manitoba et la Saskatchewan)[4].

Mesurer les inégalités de richesse

Le patrimoine (ou valeur nette) est définie comme la valeur marchande de tout ce qu’une famille possède moins ses dettes. Dans le cadre de cette analyse, nous ne considérons que la richesse détenue par les familles, et non celle des gouvernements ou des entreprises. La majeure partie de cette richesse familiale est constituée de la valeur des terrains et des bâtiments résidentiels, mais elle comprend également les actions et les fonds de placement,  les assurances-vie et les régimes de retraite privés, ainsi que les liquidités et l’épargne.

Les principales sources de données utilisées dans cette analyse sont les fichiers de microdonnées à grande diffusion de l’Enquête sur la sécurité financière (ESF) et les listes de milliardaires de Forbes. L’ESF collecte des données sur la richesse des familles de manière périodique auprès d’un échantillon transversal représentatif de familles canadiennes, mais cette enquête est reconnue pour sous-représenter les familles à valeur nette très élevée[5]. L’utilisation des données sur la richesse provenant des listes de Forbes nous permet de corriger cette sous-représentation, selon une méthode déjà utilisée par le DPB[6] ainsi que par Xuereb et Hemingway[7]. Nos estimations offrent une représentation raisonnablement fidèle des variations interprovinciales de la concentration de la richesse au Canada et de son évolution dans le temps. Pour plus de détails, voir la section Méthodologie.

Parmi les provinces, nous constatons que le groupe des familles faisant partie du 1 % le plus riche de l’Ontario est celui qui possède la richesse moyenne la plus élevée, soit près de 25 millions de dollars. Parmi le 0,01 % le plus riche de chaque province, ce sont également les familles ontariennes qui détiennent la richesse la plus élevée, avec une valeur nette moyenne de 546 millions de dollars parmi les 636 familles les plus riches. Fait étonnant, une plus grande part de la richesse est captée par le groupe du 1 % le plus riche en Alberta et au Québec qu’en Ontario ou en Colombie-Britannique. Cela s’explique par une valeur nette moyenne plus faible au Québec et en Alberta, et non pas par un niveau de richesse particulièrement élevé au sommet de la distribution.

Les inégalités de richesse au Québec en 2023

Nos analyses montrent que, bien que le Québec figure parmi les provinces les moins inégalitaires en matière de revenu, il n’en va pas de même pour la richesse.

En 2023, le top 1 % des personnes ayant les revenus les plus élevés captait 5,6 % de l’ensemble des revenus après impôt au Québec, alors que le 1 % des familles les plus riches en termes de patrimoine détenait, à lui seul, 24,6 % de la richesse totale. L’écart est encore plus marqué au sommet de la distribution : le top 0,1 % captait 1,7 % des revenus après impôt, mais détenait 11,1 % de la richesse en 2023. À l’inverse, la moitié la moins riche de la population captait 22,7 % des revenus après impôt, tout en ne possédant que 6 % de la richesse totale.

Figure 1. Figure. Part du patrimoine et du revenu après impôt captée par chaque groupe, Québec, 2023

Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable pour le patrimoine et tableau 11-10-0055-01 de Statistique Canada pour le revenu après impôt.

Cette situation s’explique notamment par un taux de propriété résidentielle plus faible au Québec que dans les autres provinces, mais aussi par le rôle redistributif important que jouent la fiscalité et les transferts gouvernementaux québécois en matière de revenu. Ainsi, selon le revenu de marché, le Québec se situe près de la moyenne canadienne en ce qui concerne les inégalités de revenu, mais il figure parmi les provinces les moins inégalitaires une fois pris en compte les impôts et les transferts gouvernementaux.

Où la richesse est-elle la plus concentrée au Canada?

En fonction de l’indicateur retenu, le titre de province la plus inégalitaire du Canada peut revenir à différentes provinces. L’Ontario se distingue notamment par le nombre de familles très fortunées qui y habitent : elle compte le plus grand nombre de familles milliardaires, de familles détenant un patrimoine supérieur à 100 millions de dollars ainsi que de familles possédant plus de 10 millions de dollars. Selon nos estimations, environ 38 familles milliardaires résident en Ontario, soit 44 % de l’ensemble des familles milliardaires du Canada. Seul le Québec s’en rapproche, avec environ 27 familles milliardaires. L’Ontario compterait également près de 1 570 familles centi-millionnaires (patrimoine de plus de 100 M$) et 51 360 familles déca-millionnaires (plus de 10 M$), soit plus du double de toute autre province ou région du pays.

Figure 2. Nombre de familles milliardaires et de familles à valeur nette élevée selon la province canadienne, 2023

Note: Les données présentées correspondent aux estimations de référence, mais d’autres hypothèses de modélisation pourraient les modifier. Le nombre de familles détenant un patrimoine de plus de 10 M$ et de plus de 100 M$ est arrondi à la dizaine près.
Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable.

Ces résultats s’expliquent toutefois, en partie, par le fait que l’Ontario est à la fois la province la plus populeuse du Canada. Mais qu’observe-t-on lorsque l’on s’intéresse non pas au nombre absolu de grandes fortunes, mais à la concentration de la richesse au sein même de chaque province, par exemple chez le groupe des familles les 1 %, 0,1 % ou 0,01 % les plus riches?

Encore une fois, l’Ontario arrive en tête : les familles faisant partie du groupe des 0,01 % les plus riches y détenaient une richesse moyenne de 546 millions de dollars en 2023. Les familles du top 0,01 % de la Colombie-Britannique suivent de près avec une richesse moyenne de 501 millions, suivis de celles du Québec avec 408 millions et de l’Alberta avec 393 millions. Si l’on élargit l’analyse au groupe du 1 % le plus riche des grandes provinces canadiennes, l’Ontario arrive en tête avec une richesse moyenne d’environ 25 millions de dollars, suivi de près par l’Alberta et la Colombie-Britannique. Le Québec ferme la marche, avec une richesse moyenne d’environ 18 millions de dollars pour ses familles du 1 % le plus fortuné.

Figure 3. Valeur nette moyenne selon le groupe et la province, 2023

Note: Les données sont arrondies au millier près.
Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable.

Lorsqu’on examine la part de la richesse détenue par les familles les plus fortunées de chaque province, les conclusions diffèrent. L’Ontario se situe au milieu du classement, tandis que la Colombie-Britannique figure parmi les provinces où la concentration de la richesse est la plus faible. À l’inverse, le Québec fait partie des provinces où le top 1 %, 0,1 % et 0,01 % des familles les plus riches détiennent les parts les plus élevées de la richesse. Cela contraste fortement avec la concentration des revenus selon les provinces : l’Alberta et l’Ontario présentent les parts de revenus les plus élevées au sommet, tandis que le Québec est loin derrière[8].

Figure 4. Part de la valeur nette captée par chaque groupe selon la province, 2023

Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable.

La différence de classement des provinces selon ces deux méthodes — richesse moyenne des familles fortunées ou part de la richesse totale qu’elles détiennent — s’explique en grande partie par les écarts de coût des maisons et de taux de propriété résidentielle. En Colombie-Britannique, les prix très élevés de l’immobilier accroissent fortement la richesse de la classe moyenne. Le même phénomène s’observe en Ontario, particulièrement dans la région du Grand Toronto, où la valeur élevée des propriétés gonfle le patrimoine des familles situées au centre de la distribution[9].

Comme la résidence principale représente une part importante du patrimoine des familles, le plus faible taux d’accession à la propriété au Québec contribue aussi à réduire la richesse moyenne. La famille médiane possède ainsi un patrimoine d’environ 632 000 $ en Colombie-Britannique et de 500 000 $ en Ontario, contre seulement 286 000 $ au Québec. En conséquence, la richesse plus élevée de la famille typique en Colombie-Britannique et en Ontario réduit mécaniquement la part relative de richesse détenue par les familles les plus fortunées, sans pour autant diminuer leur richesse moyenne.

Comparer le nombre de familles déca-millionnaires à celui des personnes vivant sous le seuil de pauvreté permet de mieux saisir l’ampleur des inégalités économiques qui traversent les provinces canadiennes. En Ontario, 51 360 familles disposent d’un patrimoine supérieur à 10 millions de dollars, tandis que près de 2 millions de personnes vivent avec un revenu insuffisant pour couvrir leurs besoins de base, c’est-à-dire sous le seuil de la Mesure du panier de consommation (MPC). Au Québec, 18 710 familles possèdent un patrimoine de plus de 10 millions de dollars, alors que 686 500 personnes se situaient sous ce seuil en 2023.

Figure 5. Nombre de familles à valeur nette très élevée et de personne vivant sous le seuil de la MPC selon la province, 2023

Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable pour le nombre de familles à valeur nette très élevée et tableau 11-10-0136-01 de Statistique Canada pour le nombre de personnes vivant sous le seuil de la MPC.

Évolution des inégalités de richesse à l’échelle provinciale, 1999-2023

À l’échelle du Canada, les inégalités de richesse se sont accrues depuis 1999, particulièrement entre 1999 et 2016. Depuis 2016, l’augmentation marquée du prix des maisons, parmi d’autres facteurs, a toutefois atténué, dans une certaine mesure, cette concentration de la richesse. Ces tendances ont-elles été similaires selon les provinces?

Le Québec, l’Ontario et l’Alberta ont suivi une trajectoire semblable à celle observée pour l’ensemble du Canada : une hausse de la part de la richesse détenue par les groupes les plus riches entre 1999 et 2016, suivie de légers reculs entre 2019 et 2023. La Colombie-Britannique présente toutefois un profil quelque peu différent : il s’agit de la seule province où la part de la richesse détenue par les familles du 1 % le plus riche a diminué entre 1999 et 2012. Cette situation s’explique probablement par la forte hausse des prix de l’immobilier en Colombie-Britannique durant cette période, qui a contribué à une croissance beaucoup plus rapide de la richesse médiane que dans toute autre province entre 1999 et 2012.

Figure 6. Part de la richesse captée par le top 1% par province, 1999-2023

Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable.

De façon similaire, la baisse de la part de la richesse détenue par le 1 % le plus riche dans l’ensemble des provinces entre 2019 et 2023 est probablement aussi attribuable à la hausse des prix de l’immobilier résidentiel[10]. Lorsqu’on examine la valeur nette moyenne du 1 % le plus riche dans chaque province, on constate que celle-ci a continué d’augmenter durant cette période. Ainsi, plutôt que de refléter une économie moins propice à la concentration de la richesse, il s’agit vraisemblablement d’un phénomène temporaire. D’ailleurs, depuis 2023, la richesse des milliardaires a augmenté beaucoup plus rapidement que les prix des maisons, et les inégalités de richesse, mesurées à partir des déciles et des quintiles, se sont accrues au Canada[11].

Conclusion

Les inégalités de richesse constituent un enjeu partout au Canada. Elles ne se limitent ni à une province, ni à une région particulière. En réalité, la concentration de la richesse des plus fortunés s’observe à travers l’ensemble du pays, et même au-delà. Cet argument est souvent utilisé par les plus riches pour soutenir qu’il est impossible d’intervenir pour réduire la concentration extrême de la richesse. Dans une économie mondialisée, affirment-ils, les capitaux peuvent rapidement se déplacer d’un territoire à l’autre en réponse à des changements fiscaux.

En réalité, « l’exode des riches » en réponse à des changements de politique fiscale est largement exagéré dans le débat public. L’ampleur de ce phénomène est en réalité très faible[12]. Par exemple, la mise sur pied récente d’un impôt sur les revenus annuels supérieurs à 1 million de dollars dans l’État américain du Massachusetts a généré des recettes fiscales beaucoup plus élevées que prévu, notamment parce que les risques anticipés de fuite des capitaux avaient été surestimés[13]. Une bonne conception des politiques fiscales peut aussi réduire les incitatifs à l’évitement fiscal. Des recherches récentes commandées par l’Union européenne concluent que les impôts sur la richesse qui couvrent l’ensemble des catégories d’actifs et qui incluent des taxes de sortie peuvent protéger efficacement l’assiette fiscale[14].

Même si la concentration de la richesse constitue un enjeu pancanadien, les provinces disposent aussi de leviers pour agir. Des juridictions comme la Suisse, l’Espagne et la Californie montrent qu’il est possible de mettre en place, à l’échelle infranationale, des mesures fiscales visant à mieux répartir la richesse et à limiter l’évitement fiscal. Les provinces canadiennes pourraient donc jouer un rôle plus actif dans la réduction des inégalités de richesse, en parallèle des interventions du gouvernement fédéral.

Les résultats présentés dans cette analyse montrent que les inégalités de richesse demeurent importantes au Canada et au Québec, et qu’elles soulèvent des enjeux majeurs en matière d’équité, de cohésion sociale et de démocratie. Toutefois, plusieurs pistes d’action existent pour mieux répartir la richesse et limiter sa concentration excessive. Ces enjeux et solutions ont d’ailleurs été au cœur d’un webinaire organisé le 4 février dernier par l’Observatoire québécois des inégalités, réunissant Claire Trottier, Antoine Genest-Grégoire, Béatrice Vaugrante et François Delorme. L’intérêt suscité par cet événement témoigne de l’importance grandissante accordée à ces questions. Nous présentons dans cet article les principales pistes de solutions mises de l’avant par les panélistes afin de réduire les inégalités de richesse.

Méthodologie

Les estimations présentées dans cette analyse s’appuient sur celles publiées dans le rapport de février 2026 de Canadiens pour une fiscalité équitable et de BC Policy Solutions intitulé The New Robber Barons: A Quarter Century of Wealth Concentration in Canada[15]. Dans ce rapport, la répartition de la richesse au Canada a été estimée pour les années 1999, 2012, 2016, 2019 et 2023 en reproduisant et en élargissant les méthodes utilisées par le Bureau du directeur parlementaire du budget pour développer sa Base de données sur les familles à valeur nette élevée (BDFE)[16]. Nous détaillons ici les ajustements apportés à ces méthodes afin de produire des estimations à l’échelle provinciale.

Notre base de données sur la répartition de la richesse des familles canadiennes repose principalement sur les fichiers de microdonnées à grande diffusion de l’Enquête sur la sécurité financière (ESF), qui incluent déjà une variable indiquant la province de résidence. Afin d’identifier une province pour l’ensemble des observations, nous avons déterminé la province de résidence des milliardaires figurant dans les listes Forbes intégrées à notre base de données. Nous avons recueilli cette information à partir de sources publiques, notamment les listes des personnes les plus riches publiées par Canadian Business, les profils Forbes et d’autres sources journalistiques lorsque nécessaire.

Compte tenu du très faible nombre de milliardaires et d’observations de familles à valeur nette élevée dans les petites provinces au sein de l’ESF, nous avons regroupé la Saskatchewan et le Manitoba dans la région des Prairies, ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick dans la région de l’Atlantique.

Nous avons ensuite imputé une région de résidence à chacune des observations synthétiques. Ces dernières remplacent les observations de l’ESF situées au-delà d’un certain seuil de richesse, pour lesquelles la province de résidence est connue. Pour chaque observation synthétique, son poids est réparti entre les provinces en fonction de la distribution observée des poids au sommet de la distribution de la richesse dans les fichiers de microdonnées de l’ESF, au-dessus du seuil retenu et pour l’année concernée[17]. Nos estimations reposent ainsi sur l’hypothèse que la répartition provinciale des poids au sommet de la distribution dans l’ESF est raisonnablement fiable. Cette hypothèse nous paraît plausible puisque le plan d’échantillonnage de l’ESF est stratifié par province depuis au moins 2012[18].

Pour les années postérieures à 2012, une fois le processus d’ajustement terminé afin d’aligner la richesse totale de la base de données sur les agrégats des Comptes du bilan national, nous appliquons un ajustement proportionnel à la valeur nette des observations synthétiques dans chaque région. Cet ajustement permet de faire correspondre les totaux régionaux aux estimations provinciales des Comptes économiques répartis du secteur des ménages[19].

Pour 1999, ces comptes ne fournissent toutefois pas d’estimations provinciales de la richesse des ménages. Nous avons donc réparti la richesse nette nationale entre les provinces selon les parts observées dans l’ESF. Les estimations régionales pour 1999 comportent ainsi un niveau d’incertitude plus élevé que celles des années suivantes.

Enfin, notre méthode repose sur une estimation nationale de la queue de Pareto de la distribution de la richesse[20], à laquelle une province est ensuite attribuée pour chaque observation. Une autre approche aurait consisté à estimer séparément la queue de Pareto dans chaque province. Nous avons écarté cette option, car certaines provinces et certaines années comptent trop peu de milliardaires pour permettre des estimations fiables. Notre approche reflète aussi le caractère intégré de l’économie canadienne, où les processus de création de richesse dépassent largement les frontières provinciales.

Les estimations qui résultent de cette démarche permettent de corriger la sous-représentation des familles à valeur nette élevée dans l’ESF. Ainsi, au Québec, la part de la richesse captée le top 1 % des familles les plus riches est évaluée à 24,6% en 2023, soit plus du double de la part estimée via l’ESF.

Tableau. Part du patrimoine captée par chaque groupe, Québec, 2023

Source: Analyse de Canadiens pour une fiscalité équitable et fichier de microdonnées à grande diffusion de l’Enquête sur la sécurité financière de Statistique Canada.

 

 Analyse réalisée en collaboration avec Canadiens pour une fiscalité équitable (Canadians for Tax Fairness).

 

[1] Martin Gilens et Benjamin Page (2014). Testing Theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizens, Perspectives on Politics, 12(3), 564–581.
[2] Matt Dong (2025). Estimation de l’extrémité supérieure de la distribution du patrimoine familial au Canada – Mises à jour de 2025, Bureau de la directrice parlementaire du budget.
[3] Silas Xuereb et Alex Hemingway (2026). The new robber barons: A quarter century of wealth concentration in Canada, Canadians for Tax Fairness.
[4] Nous n’estimons pas la répartition de la richesse séparément pour les six provinces des régions de l’Atlantique et des Prairies ni pour les territoires, car le nombre d’observations de familles très fortunées dans l’ESF y est insuffisant pour obtenir des estimations suffisamment précises de la richesse qu’elles détiennent. De plus, l’ESF ne couvre pas les familles qui résident dans les territoires. La richesse de celles-ci est donc exclue de notre analyse.
[5] Geoffroy Boucher et Sandy Torres (2023). Les inégalités de patrimoine au Québec, Montréal, Observatoire québécois des inégalités, p. 6.
[6] Woodrich, N., & Worswick, A. (2020). Estimating the top tail of the family wealth distribution in Canada, Office of the Parliamentary Budget Officer.
[7] Xuereb, S., & Hemingway, A. (2026). The new robber barons: A quarter century of wealth concentration in Canada. Canadians for Tax Fairness and BC Policy Solutions.
[8] Tableau 11-10-0055-01 de Statistique Canada sur les déclarants à revenu élevé.
[9] Statistique Canada (2022). Acheter ou louer : le marché du logement continue d’être transformé par plusieurs facteurs alors que les Canadiens sont à la recherche d’un chez-soi abordable.
[10] Skilleter, D. (2026). A housing boom isn’t a win for wealth equality and here’s why, Social Capital Partners.
[11] Bickis, I. (2026). Gap between richest and poorest Canadians widened again in 2025, StatsCan says. CBC News.
[12] Tax Justice Network. (2025). The millionaire exodus myth: A critical reconsideration of the Henley & Partners private wealth migration report.
[13] Solomon, R. (2025). Do Millionaire Surtaxes Lead to Millionaire Exodus? People’s Policy Project.
[14] Robaszewski, A., Hagemejer, J., Skowronek, A., Płonka, H., Sadowski, J., Staer, K., Schratzenstaller, M., Sutrich, A., Schreml, S., Warum, P., Schobert, C., Loozen, N., …Elias, E., (2026). Wealth taxation, including net wealth, capital and exit taxes : final report, Publications Office of the European Union.
[15] Xuereb, S., & Hemingway, A. (2026). The new robber barons: A quarter century of wealth concentration in Canada. Canadians for Tax Fairness and BC Policy Solutions.
[16] Woodrich, N., & Worswick, A. (2020). Estimating the top tail of the family wealth distribution in Canada. Office of the Parliamentary Budget Officer.
[17] Nous avons également estimé la distribution en répartissant les observations synthétiques selon la distribution observée des poids entre les provinces à l’intérieur de classes de richesse situées dans le haut de la distribution de l’ESF. Cette méthode a produit des estimations légèrement différentes, mais les grandes tendances des inégalités de richesse entre les provinces et dans le temps demeuraient similaires. Nous privilégions toutefois l’approche proportionnelle, puisque l’ESF n’a pas été conçue pour estimer avec précision le sommet de la distribution de la richesse dans chaque province.
[18] Statistique Canada (2025). Enquête sur la sécurité financière (ESF).
[19] Statistique Canada (2026). Comptes économiques répartis pour le secteur des ménages, patrimoine, Canada, régions et provinces, trimestrielle (x 1 000 000).
[20] Datacamp (2025). Comprendre la distribution de Pareto : Un guide complet.

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