Un tiers des actions des PDG les mieux payés suffirait à couvrir les besoins de base de toute la population québécoise

Publié le 2 janvier 2026

Ce 2 janvier à 9h47, les présidents-directeurs généraux (PDG) des plus grandes entreprises québécoises ont gagné l’équivalent du salaire annuel moyen au Québec.

Chaque année, le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA) analyse la rémunération des 100 chefs d’entreprises les mieux payés au Canada, parmi les entreprises cotées en bourse à Toronto (indice composé S&P/TSX). En 2024, ces PDG ont chacun gagné en moyenne 16,2 millions de dollars.

Le CCPA et l’Observatoire québécois des inégalités effectuent également cette compilation pour le Québec. Parmi les 100 chefs d’entreprises les mieux payés au Canada, 21 dirigent une entreprise dont le siège social est au Québec. Ces PDG d’entreprises québécoises ont gagné 62 795 $ en 8,8 heures, soit ce qu’un travailleur ou une travailleuse moyen gagne en une année au Québec.

En un an, ils gagneront 236 fois plus que le salaire annuel moyen, soit une rémunération moyenne de 14,8 millions de dollars. Cette rémunération tient compte des salaires, mais également de différentes formes de primes telles que les bonus en argent et les options d’achat d’actions. Il est à noter qu’une seule femme se trouve parmi ces 21 PDG d’entreprises québécoises les mieux rémunérés.

Les dividendes versés aux actionnaires atteignent un sommet

Les dividendes déclarés par les entreprises canadiennes, soit les paiements versés aux actionnaires d’une entreprise à partir de son bénéfice net, ont atteint un nouveau sommet. En effet, les entreprises canadiennes ont versé un total de 341,5 milliards de dollars à leurs actionnaires en 2023, contre 64,4 milliards en 2003. Il s’agit d’une augmentation de 431 % en 20 ans. Ce montant de 341,5 milliards de dollars correspond à l’équivalent du salaire annuel moyen de plus de 5 millions de travailleurs et de travailleuses – soit l’ensemble de la main-d’œuvre du Québec.

Figure 1. Dividendes déclarés des entreprises (en milliards de dollars), Canada, 2003-2023

Source : Statistique Canada. Tableau 33-10-0498-01 Éléments du bilan financier et des statistiques fiscales des entreprises, avec certains ratios financiers, total pour toutes les branches d’activités.

Pendant la même période, les dépenses de main d’œuvre des entreprises canadiennes sont passées d’un total de 391,4 milliards de dollars en 2003 à un total de 1 080,8 milliards de dollars en 2023, soit une augmentation de 176 % en 20 ans. Il s’agit d’une croissance 2,5 fois moins prononcée que la croissance des dividendes versés aux actionnaires.

Figure 2. Évolution des dividendes déclarés (en bleu) et des dépenses de main d’œuvre des entreprises (en gris) (en base 100), Canada, 2003-2023

Source : Analyse de l’Observatoire québécois des inégalités basée sur le tableau 33-10-0498-01 de Statistique Canada, tiré du bilan financier et des statistiques fiscales des entreprises.

Un déficit de couverture des besoins de base de 4,8 milliards de dollars au Québec

À eux seuls, les 21 PDG d’entreprises québécoises les mieux rémunérés détenaient des actions dont la valeur était évaluée à 12,5 milliards de dollars en 2023. Une fraction de la valeur de ces actions suffirait à éponger le déficit de couverture des besoins de base au Québec, évalué à 4,8 milliards de dollars en 2023.

Le déficit de couverture des besoins de base correspond à la différence entre le revenu disponible d’un ménage et le revenu nécessaire pour couvrir le coût d’un panier de consommation de base (MPC). Autrement dit, c’est le montant qui manque pour atteindre le minimum nécessaire.

Ce coût est assumé par les personnes à faible revenu, qui en subissent les conséquences à travers une qualité de vie réduite, ce qui affecte leur santé physique et mentale. Il pèse aussi sur l’ensemble de l’économie, notamment par des pertes de productivité et de participation sociale.

Au Québec, 662 000 personnes vivaient avec un revenu insuffisant pour subvenir à ses besoins de base en 2023, soit 7,6 % de la population[1]. Statistique Canada calcule que ce déficit, agrégé à l’échelle du Québec, atteignait 4,8 milliards de dollars en 2023[2]. À titre de comparaison, cette somme représentait 3,1 % du budget du Québec, et environ le tiers  (38,4 %) de la valeur des actions détenues par les 21 PDG les mieux rémunérés au Québec.

Figure 3. Déficit de couverture des besoins de base selon la MPC (en millions de dollars), Québec, 2020-2023

Note: Le déficit de couverture des besoins de base correspond à la différence entre le revenu disponible des ménages et le seuil de la mesure du panier de consommation (MPC base 2023) pour les ménages ayant un revenu disponible inférieur au coût de ce panier.

Source: Analyse de l’Observatoire québécois des inégalités basée sur le tableau 11-10-0103-01 de Statistique Canada, tiré de l’Enquête canadienne sur le revenu.

Qu’est-ce que la mesure du panier de consommation (MPC)?
La MPC est une mesure absolue de la pauvreté qui estime le revenu nécessaire pour se procurer un panier de biens et de services jugés essentiels pour couvrir les besoins de base (se nourrir, se vêtir, se loger, se déplacer et autres besoins de base) et correspondant à un niveau de vie modeste. Cette mesure, calculée chaque année par Statistique Canada, tient compte de différences locales du coût de la vie à un moment donné ainsi que de la taille des ménages.

Mieux répartir la richesse pour relever les grands défis qui se posent au Québec

Dans un contexte de hausse marquée des inégalités économiques au Québec depuis la pandémie de COVID-19, une meilleure répartition de la richesse constitue une piste prometteuse pour améliorer la capacité de la société québécoise à faire face aux grands défis auxquels elle est confrontée : une crise du logement qui nous coûte collectivement très cher, une montée de l’insécurité alimentaire qui touche un nombre grandissant de travailleurs et de travailleuses et une crise climatique dont les conséquences sur les populations vulnérables sont particulièrement lourdes.

C’est pourquoi certains milliardaires au Québec demandent une meilleure imposition des grandes fortunes. Il est important de rappeler que les inégalités de patrimoine sont particulièrement exacerbées au Québec. En 2023, les familles faisant partie des 10 % les plus riches y captaient, à elles seules, près de la moitié de la richesse (45,6 %), contre seulement 4,3 % pour les 40 % les plus pauvres.

Méthodologie
Le CCPA a compilé les données sur la rémunération des 100 chefs d’entreprises les mieux payés parmi les entreprises cotées en bourse à Toronto (indice composé S&P/TSX) à partir de la divulgation par les entreprises de la rémunération de leurs cadres dirigeants désignés dans les circulaires de sollicitation de procurations.
La rémunération totale est composée du salaire, des attributions fondées sur des actions, des attributions fondées sur des options, de la rémunération au titre d’un plan d’incitation autre qu’à base d’actions, de la valeur de la pension ainsi que toutes les autres rémunérations. Cette rémunération a été convertie de dollars américains en dollars canadiens.
Les PDG du Québec ont été identifiés en fonction de l’endroit où se trouve le siège social de l’entreprise.

[1] Source : Tableau 11-10-0093-01 de Statistique Canada, tiré de l’Enquête canadienne sur le revenu.

[2] Source : Tableau 11-10-0103-01 de Statistique Canada, tiré de l’Enquête canadienne sur le revenu.

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