Égalité salariale : rendez-vous en 2060?

Publié le 28 novembre 2025

En 2024, les Québécoises accusent toujours un écart salarial défavorable de 9 % par rapport aux Québécois. En effet, le salaire horaire moyen des femmes salariées de 15 ans et plus est de 32,21 $ en 2024, alors qu’il est de 35,38 $ chez les hommes. Dit autrement, elles gagnent en moyenne 91 % du salaire horaire des hommes, c’est pourquoi on souligne symboliquement le 29 novembre comme la journée à partir de laquelle les femmes travaillent gratuitement.

Source :  Enquête sur la population active 2024, Statistique Canada. Adapté par l’Institut de la statistique du Québec.

D’importants progrès ont été enregistrés au cours des 20 dernières années : le salaire horaire moyen des femmes atteignait à peine 86 % celui des hommes en 2005. Par contre, si le rattrapage suit le même rythme que celui des deux dernières décennies, qui est en moyenne de 0,25 point de pourcentage par an, il faudra attendre l’année 2060 pour atteindre l’égalité.

Dans une analyse publiée l’an dernier, nous explorions les raisons pour lesquelles le salaire horaire moyen des femmes est inférieur à celui des hommes : le type d’emploi et le secteur d’activités, les effets de la maternité et du partage du congé parental, une reproduction de classe qui défavorise les femmes et un partage des tâches domestiques toujours inégal.

Les femmes moins nombreuses parmi les plus hauts déciles de revenu

Lors d’une mise à jour de notre analyse en mars 2025, nous observions que plus le niveau de scolarité est bas, plus l’écart de rémunération est important, comme l’indique le tableau 1. Ainsi, sans diplôme universitaire, le ratio de rémunération horaire moyen des femmes par rapport à celui des hommes se situe plutôt entre 81 et 86 %.

Source :  Enquête sur la population active 2024, Statistique Canada. Adapté par l’Institut de la statistique du Québec.

Diverses explications peuvent être avancées. Comme nous le constations dans l’édition 2023 du Bulletin de l’égalité des chances en éducation, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes à être inscrites dans un programme universitaire à tous les cycles, et elles sont aussi plus nombreuses à décrocher un diplôme. On pourrait penser que cet avantage se traduit par l’obtention de meilleurs postes et surtout de meilleurs salaires pour les diplômées.

Toutefois, la répartition des hommes et des femmes selon les déciles de salaire (voir la figure 2) montre que les femmes sont en général beaucoup moins présentes que les hommes dans les déciles mieux rémunérés, soit du sixième au dixième décile. La différence est particulièrement frappante dans le dixième décile, les femmes représentant un peu moins de 38 % du groupe des personnes les mieux rémunérées au Québec.

Source : Analyse de l’Observatoire québécois des inégalités basée sur le fichier de microdonnées à grande diffusion de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada.

Cela rejoint d’ailleurs les conclusions de notre publication concernant les mieux nantis au Québec et au Canada, alors que l’on constatait que les femmes représentaient, en 2020, seulement 37,7 % du groupe des 10 % des personnes à plus hauts revenus après impôt au Québec sur une base annuelle. Nous constations que, malgré une augmentation de 10,5 points de pourcentage du nombre de femme dans ce groupe depuis l’an 2000, les femmes ont tout de même 64,6 % moins de chances que les hommes de faire partie des mieux nantis au Québec.

Les différences entre les écarts de rémunération selon le niveau de scolarité indiquent également que les emplois des hommes moins scolarisés sont beaucoup mieux rémunérés que ceux des femmes moins scolarisées, et que les femmes sont surreprésentées dans certains secteurs où les écarts de rémunération sont moins élevés, mais où la rémunération est plus faible, comme le secteur des soins de santé et d’assistance sociale. Dans ce secteur, composé de main-d’œuvre féminine à plus de 80 %[1], l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes n’est que de 4 %, et le secteur se trouve au 6e rang sur 15 pour ce qui est de la rémunération horaire avec une moyenne de 31,53 $ l’heure en 2024, comme on le constate dans le tableau 2.

Le secteur où la rémunération horaire moyenne est la plus élevée, soit les services publics, est aussi l’un de ceux qui dispose d’un écart de rémunération à l’avantage des femmes. Toutefois, comme le démontrait le Conseil du statut de la femme, le taux de féminité du secteur n’était que de 26 % en 2021.

Source :  Calculs de l’Observatoire québécois des inégalités à partir des données de l’Enquête sur la population active 2024, Statistique Canada et des adaptations par l’Institut de la statistique du Québec.

Dans quelles régions l’écart est-il le moins important?

Les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes varient par ailleurs en fonction des régions administratives du Québec, comme on le constate dans le tableau 3.

Source :  Calculs de l’Observatoire québécois des inégalités à partir des données de l’Enquête sur la population active 2024, Statistique Canada et des adaptations par l’Institut de la statistique du Québec.

Le tableau 3 indique que certaines régions ont toujours affiché un ratio de rémunération horaire plus élevé, comme la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent et l’Outaouais. Toutefois, les salaires horaires sont parmi les plus bas au Québec pour les deux premières régions, alors que l’Outaouais est la région où le salaire horaire moyen est le plus élevé. Dans ce cas, la part importante de l’emploi dans la fonction publique fédérale est sans doute une hypothèse à considérer.

À l’inverse, certaines régions où les salaires moyens sont parmi les plus élevés, comme l’Abitibi-Témiscamingue ainsi que la Côte-Nord et le Nord-du-Québec, ont affiché historiquement un écart de rémunération plus important entre les femmes et les hommes. D’autres régions ont connu de nombreuses fluctuations autour de la moyenne entre 2011 et 2024.

Que faire pour réduire l’écart?

Le Québec a déjà adopté de nombreuses politiques importantes afin de favoriser une égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. La Loi sur l’équité salariale, qui fêtera ses 30 ans en 2026, contribue déjà à réduire les écarts de rémunération sur le marché du travail entre les emplois à prédominance féminine et ceux à prédominance masculine. Le Régime québécois d’assurance parentale et le réseau des centres de la petite enfance (CPE) jouent un rôle très important pour réduire ces inégalités, notamment en permettant aux femmes de réintégrer le marché du travail et en favorisant un partage du congé parental avec les pères.

De nombreuses organisations portent des demandes afin d’améliorer les mécanismes en place et de poursuivre le développement des programmes et des politiques : développement des places en CPE, augmentation des prestations de congé parental, loi de transparence salariale (qui ferait selon l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés une plus grande différence en milieu non syndiqué, là où les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes sont les plus importants, comme on le rappelle dans cet article). Des solutions doivent également être identifiées afin de réduire les inégalités qui poursuivent les femmes à la retraite, comme le rappelait récemment le Conseil du statut de la femme.

Le 30e anniversaire de la Loi sur l’équité salariale fournira une belle occasion de faire le point sur l’état actuel des inégalités de rémunération et d’identifier les solutions les plus porteuses pour bonifier les politiques publiques québécoises.

[1] Selon la compilation effectuée par le Conseil du statut de la femme à partir des données de l’ISQ pour l’année 2021.

 

 

 

 

 

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